Perspectives mondiales – Les absorbeurs de chocs

Le conflit au Moyen-Orient a une nouvelle fois mis en évidence que nous vivons dans un ordre mondial en pleine fragmentation, ce qui exige une vigilance accrue de la part des investisseurs. Nous estimons néanmoins que les fondamentaux devraient rester favorables aux actifs risqués tout au long du second semestre de cette année.

Première publication par Fidelity International.

Les marchés s’habituent progressivement à la volatilité alors que la première phase du conflit en Iran touche à sa fin. Ils commencent à voir au-delà du bruit à court terme pour se concentrer sur des fondamentaux solides qui soutiendront le rendement des actifs jusqu’à la fin de l’année, tandis que le cycle des investissements dans l’IA reste un puissant moteur haussier pour les marchés à travers le monde. Tout cela contribue à créer un environnement favorable aux investisseurs.

Dans le même temps, un ordre mondial de plus en plus fragmenté exige de repenser les facteurs géopolitiques sous un angle nouveau. Les valeurs refuges traditionnelles ne joueront plus le même rôle qu’auparavant. Et la diversification s’avérera plus importante que jamais (mais plus difficile à mettre en œuvre).

C’est dans cet esprit que nous abordons le second semestre 2026, forts des ces principales convictions :

  • Nous sommes optimistes quant au risque associé aux actions dans son ensemble, mais plus particulièrement au Japon et sur certains marchés émergents. Nous restons conscients de la forte reprise observée sur les marchés depuis avril. Nous préférons prendre des risques sur les actions plutôt que sur le crédit, dont les écarts restent serrés.
  • Les dépenses d’investissement liées à l’IA ont été le moteur des marchés mondiaux et soutiennent d’autres thèmes tels que la pénurie énergétique et la modernisation des réseaux électriques.
  • Les marchandises bénéficient de la fragmentation géopolitique et du cycle des investissements dans l’IA. Par ailleurs, les marchandises, en particulier celles liées à l’énergie, peuvent offrir une diversification utile face au risque géopolitique lorsque les actifs traditionnels, tels que les titres à duration fixe et l’or, affichent des rendements moins fiables.

Des résolutions chaotiques

La principale variable macroéconomique pour l’avenir proche est le choc d’approvisionnement énergétique provoqué par la fermeture du détroit d’Ormuz.

Notre scénario de référence table sur une « résolution chaotique » du conflit. Une inflation plus élevée et une politique monétaire plus restrictive pèseront sur la croissance dans la plupart des régions; les marchés de l’énergie maintiendront une prime de risque géopolitique persistante. La géopolitique restera un sujet d’actualité même si les États-Unis et l’Iran parviennent à un accord, car des interrogations subsistent quant aux intentions des États-Unis vis-à-vis de Cuba et du Groenland.

Les gagnants et les perdants se dessineront plus clairement à mesure que les différentes économies subiront des effets variés de la hausse des prix de l’énergie.

Source : Fidelity International, mai 2026
  États-Unis Chine Europe Japon Royaume-Uni
Scénario de référence Reflation Stabilisation contrôlée Choc énergétique contrant les effets favorables de la politique Reflation tirée par les salaires Stagflation modérée
Croissance 2 % ~4,5 % ~0,8 % ~0,7 % 0 %
Inflation > 3 % < 2 % 3 % > 2 % 3 %
Orientation de la politique Orientation en faveur d'un assouplissement budgétaire; pas de baisse des taux d'intérêt en 2026 Orientation en faveur d'un assouplissement budgétaire et politique monétaire neutre Hausses des taux – leur nombre dépend de la durée du conflit Retour progressif à la normale Taux inchangés. risque croissant de hausses
Principaux risques Dénouement de l'IA; politisation de la Fed Choc de la demande extérieure; faible confiance Stagflation due à la hausse des prix de l'énergie Stagflation; discipline budgétaire Incertitude budgétaire et politique

Certaines régions d’Asie seront les plus touchées par cette pression, car les pays de cette zone dépendent particulièrement des approvisionnements transitant par le détroit. Pour en savoir plus sur notre analyse de la situation dans cette région et ses implications en matière d’investissement, consultez nos perspectives pour l’Asie.

L’Europe est elle aussi relativement exposée. Nous pensons que la Banque centrale européenne est la plus susceptible, parmi les grandes banques centrales, de relever ses taux cette année, car la hausse des prix de l’énergie et ses répercussions indirectes l’obligent à réagir. Le dilemme pour les décideurs politiques réside dans le fait que la croissance en Europe est également mise à mal, car la hausse des prix de l’énergie érode les revenus réels et pèse sur la confiance.

Les États-Unis devraient se montrer relativement résistants face au choc énergétique, car ils dépendent moins des importations d’énergie. Parallèlement, le cycle des investissements dans l’IA continue de soutenir l’économie, de contribuer à la solidité des bilans des entreprises et de stimuler la dynamique des bénéfices.

Cependant, les États-Unis commencent également à constater que le choc énergétique se répercute directement sur l’inflation globale. Le risque existe que la persistance des coûts énergétiques commence à influencer les anticipations et le comportement en matière de fixation des prix. Si la guerre venait à s’intensifier à nouveau, de nouvelles hausses de taux de la Réserve fédérale pourraient être anticipées par les marchés. Le crédit privé présente également des risques, que nous couvrons ci-dessous, et ceux-ci pourraient entraîner une réaction politique rapide (les élections de mi-mandat de novembre pouvant constituer un point de tension).

Dans ce contexte, la marge de manœuvre de la Fed pour assouplir sa politique monétaire cette année sera limitée. Les décideurs politiques resteront très probablement prudents face à une inflation supérieure à l’objectif, les membres du Federal Open Market Committee (FOMC) étant susceptibles de tempérer les instincts plus accommodants du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh.

Un environnement favorable

Des fondamentaux solides soutiennent les marchés, malgré la volatilité liée à la situation géopolitique. Plus important encore, les géants américains de la technologie continuent d’investir des milliards dans le développement de l’IA, ce qui alimente la dynamique de croissance de leurs bénéfices.

Les géants de la technologie misent encore plus sur l’IA
Diagramme à zones superposées intitulé « Les géants de la technologie misent encore plus sur l’IA ». Graphique montrant les estimations consensuelles de Bloomberg des dépenses en immobilisations combinées sur deux ans pour cinq grandes sociétés technologiques de 2022 à 2026. Le total des dépenses projetées augmente considérablement, passant d’environ 120 milliards $ US en 2022 à près de 900 milliards $ US en 2026. La plus grande part des dépenses est attribuable à Microsoft et Amazon, suivies de Google, Meta et Oracle. La croissance s’accélère particulièrement en 2025 et 2026, ce qui témoigne de l’augmentation des investissements dans les infrastructures et les centres de données liés à l’IA. Sources : Fidelity International, Bloomberg, mai 2026.
Sources : Fidelity International, Bloomberg, mai 2026. Graphique montrant les estimations consensuelles de Bloomberg pour les dépenses en immobilisations prévisionnelles combinées sur deux ans.

Ces dépenses d’investissement colossales soutiennent les entreprises tout au long de la chaîne de valeur, y compris les équipementiers industriels qui soutiennent la construction de centres de données et répondent aux besoins énergétiques croissants.

Un plus grand nombre d’entreprises américaines commence également à ressentir l’incidence de ces dépenses d’investissement liées à l’IA, qui soutiennent les bénéfices et améliorent la productivité. Cet effet de généralisation sur l’ensemble du marché offre des points d’entrée intéressants, alors que l’attention se concentre sur un petit nombre de valeurs technologiques à forte capitalisation.

Aux États-Unis, divers secteurs dépassent les prévisions de bénéfices
Diagramme à barres et à points montrant que les bénéfices dans la plupart des secteurs américains surpassent les prévisions. Les sociétés de presque tous les secteurs ont dépassé les prévisions, à commencer par les services de communication et les soins de santé, où plus de 90 % des sociétés ont surpassé les prévisions. Le secteur de l’énergie est celui qui a enregistré la surperformance globale la plus marquée, malgré une proportion plus faible de sociétés qui ont surpassé les prévisions.
Sources : Fidelity International, Bloomberg, mai 2026. Remarque : la « surperformance globale » indique le pourcentage de dépassement des prévisions par l’ensemble des entreprises d’un secteur, et non uniquement par celles qui ont effectivement dépassé les prévisions.

Les résultats restent solides à l’échelle mondiale, grâce notamment aux dépenses d’investissement liées à l’IA, mais aussi à la levée partielle des droits de douane et à la résilience des économies. D’autres thèmes structurels persisteront ailleurs : l’Europe continue par exemple à investir dans son secteur de la défense, alors que les conflits se poursuivent et que les décideurs politiques s’efforcent de localiser les chaînes d’approvisionnement dans ce domaine. De même, un regain d’intérêt pour l’amélioration de la résilience énergétique, ce qui se traduit par de nouveaux investissements des États-Unis et de l’Europe dans leurs réseaux électriques vieillissants.

Les marchés émergents sont divisés

Cette incertitude signifie également qu’il est important de faire preuve de sélectivité lors de la répartition des actifs entre les régions. Nous sous-pondérons les actions d’Europe et du Royaume-Uni, qui sont davantage exposées aux perturbations de l’offre et au risque de stagflation est plus grand. Parallèlement, le secteur de l’IA et la solidité des résultats soutiennent les actions américaines, même si certains segments de ce marché ont déjà enregistré une forte hausse. Les actions japonaises continuent de paraître attractives, grâce à des résultats solides et à un contexte politique favorable.

Les marchés émergents restent pour nous un placement dans lequel nous croyons fermement. Les actions des marchés émergents bénéficient de facteurs favorables plus généraux, tels que le cycle de l’IA. Un dollar plus faible et une amélioration structurelle de la crédibilité de la politique monétaire devraient également constituer des facteurs favorables.

Cependant, le conflit en Iran a des répercussions variables selon les marchés émergents. Les pays d’Amérique latine qui exportent des marchandises en bénéficient; ceux qui importent de l’énergie, en particulier les économies asiatiques qui dépendent des approvisionnements transitant par le détroit d’Ormuz, en font les frais.

Les investisseurs sur les marchés émergents doivent donc faire preuve de discernement. Le Brésil, par exemple, est l’un des pays qui profitent de la hausse des prix de l’énergie; ses actions affichent des valorisations attractives et pourraient encore mieux se comporter dans le cadre d’un cycle d’assouplissement monétaire. L’Afrique du Sud présente des fondamentaux nationaux attrayants et bénéficie du soutien des marchandises. Certaines régions de l’Asie-Pacifique sont également attractives malgré les perturbations dans le secteur de l’énergie – la Corée, soutenue par le cycle des semi-conducteurs et les réformes des entreprises, en est un exemple.

Repenser les valeurs refuges

À mesure que le contexte macroéconomique évolue, notre conception de la diversification évolue également. L’intensification des risques géopolitiques et de fragmentation met à rude épreuve les valeurs refuges traditionnelles, ce qui signifie que les investisseurs ne peuvent plus compter sur un seul actif pour soutenir les composantes plus risquées de leur portefeuille. Nous sommes passés d’un monde marqué par des craintes ponctuelles concernant la croissance à un monde caractérisé par une instabilité plus structurelle. Il est nécessaire de disposer de sources de protection variées.

Le dollar, par exemple, ne semble plus aussi attractif à long terme qu’auparavant, en raison d’une politique américaine moins prévisible. L’or a enregistré des rendements étonnamment faibles tout au long du conflit, mais nous restons optimistes quant à cette marchandise, compte tenu des facteurs sous-jacents qui la soutiennent. Il peut afficher de solides résultats lorsque l’inflation pénalise les obligations et sert d’instrument de diversification lorsque les corrélations entre obligations et actions s’accentuent. De même, il peut bien réagir à la faiblesse du dollar et à la baisse des rendements réels.

Les titres à rendement élevé restent une stratégie de portage tant que les écarts demeurent serrés
Graphique à barres comparant les écarts de taux actuels entre les titres de créance à rendement élevé et leurs fourchettes historiques sur 10 ans aux États-Unis, en Europe et en Asie. Les écarts actuels se situent près de la limite inférieure des fourchettes historiques dans toutes les régions.
Sources : Bloomberg et Fidelity International, avril 2026. Écart ajusté en fonction des options, indices Bloomberg HY.

La pondération des marchandises devrait soutenir les portefeuilles dans un contexte où l’inflation devrait rester élevée plus longtemps, en particulier ceux qui détiennent des actifs énergétiques, capables d’offrir une protection contre le risque géopolitique. Elle peut également servir de couverture lorsque la duration est affectée. L’inflation réduit la marge de manœuvre pour une baisse significative des rendements et diminue donc le potentiel de hausse de la duration, d’où sa faible performance récente. Si les craintes concernant la croissance venaient à resurgir plus tard dans l’année, la duration reprendrait alors son rôle de couverture face aux actions.

Nous faisons également preuve de prudence vis-à-vis du crédit, car les écarts offrent toujours une compensation limitée face aux risques macroéconomiques. Les titres à rendement élevé sont plus attractifs que les titres de qualité, en particulier sur les segments à court terme et de meilleure qualité, bien que ce soit avant tout en tant que placement générateur de revenus. Les fondamentaux sont solides, mais offrent un potentiel limité de plus-value.

Les titres à rendement élevé restent une stratégie de portage tant que les écarts demeurent serrés
Graphique à barres comparant les écarts de taux actuels entre les titres de créance à rendement élevé et leurs fourchettes historiques sur 10 ans aux États-Unis, en Europe et en Asie. Les écarts actuels se situent près de la limite inférieure des fourchettes historiques dans toutes les régions.
Sources : Bloomberg et Fidelity International, avril 2026. Écart ajusté en fonction des options, indices Bloomberg HY.

Enfin, il y a les titres de créance privés. Cette catégorie d’actifs a récemment subi des pressions, principalement en raison d’un basculement du cycle de crédit vers des taux de défaillance plus élevés. Mais les défaillances se concentrent de plus en plus dans certains segments du marché, et certains secteurs, tels que les prêts aux entreprises de logiciels et des technologies, suscitent davantage d’inquiétudes.

Dans l’ensemble, le marché du crédit privé présente un risque maîtrisé plutôt que systémique, la mobilisation de fonds et les fondamentaux restant solides. Les domaines plus défensifs, tels que les prêts aux entreprises de taille moyenne assortis de clauses restrictives plus strictes, les gestionnaires expérimentés et les prêts adossés à des actifs diversifiés, semblent les mieux placés pour résister aux perturbations à court terme.

Au-delà du bruit

Les marchés ont fait preuve d’une résilience remarquable face à la volatilité qui a caractérisé les six premiers mois de cette année. Mais leur constance n’a rien de surprenant. Ils ont appris à faire abstraction du bruit et à repérer les occasions de hausse. Un cycle de dépenses d’investissement colossales dans l’IA, une forte croissance des bénéfices et des fondamentaux relativement solides sur l’ensemble des marchés ont rassuré les investisseurs quant au fait qu’il reste encore beaucoup d’alpha à saisir.

Ce n’est pas le moment de fuir le risque, mais il faut simplement veiller à ce qu’il soit équilibré au sein d’un portefeuille bien diversifié, capable d’amortir les chocs inévitables lorsqu’ils se produiront.