Asie – Des divergences marquées par les tensions énergétiques et la vigueur de l’IA
Les perspectives de l’Asie sont façonnées par deux tendances majeures : un choc énergétique et le développement de l’intelligence artificielle.
Première publication par Fidelity International.
Faits saillants
- L’IA restera un thème dominant en Asie, renforçant encore l’attrait des valeurs technologiques en Corée du Sud, à Taïwan et en Chine continentale.
- Les actions japonaises à moyenne capitalisation sont attractives, car elles bénéficient de la reprise de la demande intérieure et des réformes en matière de gouvernance d’entreprise.
- Nous sommes optimistes quant aux marchandises, qui constituent une couverture contre l’inflation et un facteur de diversification du portefeuille.
- L’intérêt croissant pour les marchandises, conjugué à la bonne santé de l’économie intérieure australienne et à la politique monétaire restrictive de la Banque centrale australienne, devrait soutenir la valeur du dollar australien.
L’Asie, une région fortement dépendante du Moyen-Orient sur le plan énergétique, a été durement touchée par les répercussions du conflit du Golfe. Mais les effets ont été inégaux : les pays importateurs d’énergie ont dû faire face à des pénuries d’approvisionnement et à une hausse des coûts, tandis que les pays exportateurs ont bénéficié de la hausse des prix des marchandises. La capacité des différents pays à amortir le choc a également varié considérablement. Dans le même temps, la forte hausse des dépenses d’investissement liées à l’IA ouvre des perspectives considérables pour les pôles de fabrication de puces électroniques et les géants technologiques de la région. Ces deux forces puissantes détermineront les thèmes d’investissement à travers l’Asie au second semestre 2026.
Nord contre Sud
Environ 80 % du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz est généralement destiné à l’Asie. Le blocus a provoqué un choc énergétique considérable dans la région, atténué par un ensemble de mesures budgétaires et administratives entraînant des niveaux variables de destruction de la demande. La fracture majeure se situe entre les économies plus prospères d’Asie du Nord, telles que la Chine, la Corée du Sud et Taïwan, qui sont mieux à même de faire face aux répercussions du conflit, et celles du sud et du sud-est, comme l’Inde, la Thaïlande et les Philippines.
La Chine a largement réussi à se prémunir contre ce choc grâce à ses réserves considérables et à un portefeuille énergétique diversifié. À mesure que la hausse des prix des intrants se répercute de plus en plus sur les consommateurs, l’incidence de l’inflation par les coûts pourrait progressivement devenir plus visible et s’ancrer davantage, atténuant ainsi les pressions déflationnistes. Le marché immobilier, qui est aux prises avec un marasme depuis 2021, montre également des signes précurseurs de stabilisation, ce qui réduit la nécessité d’un assouplissement politique urgent et généralisé. Des mesures de relance ciblées restent le principal levier politique pour contrer les effets négatifs du choc énergétique. Il n’y aura probablement pas de reprise durable de la confiance des consommateurs tant que les perspectives du marché immobilier ne se seront pas encore améliorées. La demande intérieure étant modérée, l’économie dépendra cette année des exportations et des investissements pour alimenter sa croissance.
La reprise économique du Japon se poursuit, soutenue par une politique budgétaire expansionniste et une demande intérieure en reprise. Compte tenu de la dépendance du pays vis-à-vis des importations d’énergie, les prix élevés du pétrole risquent de peser sur les revenus réels et les marges des entreprises, augmentant ainsi les risques de ralentissement de la croissance. Or, la victoire électorale écrasante de la première ministre Sanae Takaichi en février a renforcé la probabilité d’un soutien budgétaire accru. Nous prévoyons que la Banque du Japon normalise ses taux d’intérêt à un rythme progressif, contribuant ainsi à ancrer les anticipations d’inflation sans étouffer la croissance.
Nous sous-pondérons les pays ou secteurs vulnérables aux pénuries d’énergie, préférant nous concentrer sur des thèmes structurels plus précis.
L’essor du secteur des puces électroniques en Corée et à Taïwan
La Corée du Sud et Taïwan dominent les investissements mondiaux dans l’IA, portés par une forte demande de puces mémoires et, plus largement, de semi-conducteurs. Taïwan contrôle environ 90 % de la fabrication mondiale de puces les plus avancées, tandis que la Corée du Sud domine la production des mémoires spécialisées nécessaires à l’intelligence artificielle.
D’ailleurs, les dépenses consacrées aux infrastructures d’IA continuent de s’accélérer, sans qu’aucun pic ne se profile à l’horizon. Et ces dépenses se sont traduites par une croissance astronomique des bénéfices pour certaines entreprises asiatiques.
Le rythme des progrès réalisés dans le domaine des grands modèles de langage a été stupéfiant, et l’IA est de plus en plus adoptée dans toutes sortes d’applications et de secteurs d’activité. Contrairement aux cycles passés, où la demande était tirée par l’électronique grand public, le « supercycle » actuel est alimenté par une course aux investissements entre certaines des plus grandes entreprises mondiales, qui se disputent toutes la première place dans ce domaine.
Néanmoins, alors que les actions atteignent de nouveaux sommets, des inquiétudes grandissantes se font jour quant à la durée de cette reprise. Compte tenu des bénéfices élevés et de la concentration du marché, le secteur est vulnérable aux fluctuations en cas de ralentissement de la demande en matière d’IA ou de baisse des dépenses en immobilisations. Un potentiel de hausse supplémentaire est probable, mais il faudra rester vigilant face à la volatilité à court terme.
Les prouesses technologiques de la Chine
Nous commençons à percevoir une meilleure valeur dans les entreprises chinoises de matériel informatique, qui se sont imposées comme une force dominante sur le marché de l’IA physique. L’innovation est en plein essor, soutenue par la hausse des investissements en R et D et le vaste vivier de talents dont dispose la Chine. Les géants nationaux, tels que les fabricants de robots industriels et de semi-conducteurs, ont progressivement conquis des parts de marché au détriment de leurs concurrents étrangers, aidés en cela par la volonté du gouvernement de favoriser l’autonomie technologique et l’indépendance des chaînes d’approvisionnement.
Nous privilégions les valeurs technologiques cotées en Chine continentale, parmi lesquelles on trouve une forte concentration de fabricants de matériel informatique. Leurs perspectives de résultats sont plus claires que celles des entreprises chinoises du secteur de l’Internet cotées à Hong Kong, qui dépendent davantage de la reprise de la consommation en Chine et de l’éventuel apaisement de la concurrence féroce qui caractérise le secteur.
La Chine occupe également une place importante dans le panier mondial dans lequel nous investissons afin de tirer parti du thème de la transition énergétique à l’échelle mondiale.
Les exportations chinoises de batteries, de panneaux solaires et de voitures électriques ont connu une hausse rapide, et ce avant même le conflit avec l’Iran. La crise dans le détroit d’Ormuz oblige les gouvernements à accélérer la transition vers les énergies renouvelables à moyen terme. Les exportations « vertes » de la Chine, structurellement résilientes, devraient ben se comporter face à la demande croissante à l’échelle mondiale. Nous sommes optimistes quant aux fabricants chinois de batteries pour véhicules électriques et aux fabricants d’équipements de transport d’électricité.
Les entreprises japonaises de taille moyenne : tirer parti de la demande intérieure
Les petites entreprises japonaises, moins connues des investisseurs étrangers que leurs homologues de plus grande taille, tels que les constructeurs automobiles, commencent à afficher des rendements supérieurs à ceux de l’ensemble du marché. Les entreprises de moyenne capitalisation devraient afficher de bons résultats : elles sont davantage tournées vers le marché intérieur et donc moins affectées par les tensions géopolitiques, ce qui les place dans une meilleure position pour tirer parti de la reprise de la demande locale. Bien que le potentiel de croissance de leurs bénéfices soit plus élevé, leurs valorisations sont inférieures à la moyenne globale du marché, ce qui renforce l’attrait de ces actions.
Les petites entreprises cotées en bourse subissent également la pression des décideurs politiques, qui leur demandent de renforcer la valorisation de leurs actions et d’améliorer le rendement pour leurs actionnaires. À mesure que les réformes de la gouvernance d’entreprise au Japon s’approfondissent, nous nous attendons à voir des changements dans un plus grand nombre d’entreprises, en particulier les plus petites.
Des défis subsistent. La hausse des prix du pétrole accentue l’incertitude quant au calendrier et à l’ampleur des hausses de taux d’intérêt. Par exemple, des inquiétudes persistantes pèsent sur la viabilité de la dette japonaise et sur la volonté de la Banque du Japon de prendre les devants face à l’inflation, ce qui pourrait faire grimper les rendements des obligations d’État japonaises. Une hausse durable des rendements pourrait entraîner une augmentation du taux d’actualisation des actions, une compression des multiples de valorisation et un resserrement des conditions financières.
Les marchandises et le dollar australien
Les marchandises peuvent constituer un outil utile de diversification des portefeuilles, alors que la corrélation entre les actions et les obligations est forte et que les perspectives macroéconomiques sont plus incertaines. Elles constituent également une couverture essentielle contre l’inflation.
L’intérêt croissant des investisseurs pour les marchandises soutiendra le dollar australien, étant donné que le pays est un important exportateur net de charbon, de gaz naturel liquéfié et d’autres matières premières. Le dollar australien a été la devise du G10 la plus performante au cours des six derniers mois[1].
La devise pourrait également trouver un soutien dans la solidité de l’économie nationale, la position restrictive de la Banque centrale australienne et la divergence de sa politique monétaire avec celle de la Réserve fédérale américaine. Nous restons néanmoins vigilants face à la montée des risques pesant sur la croissance économique ou à une inflation plus faible que prévu, qui pourrait freiner la reprise.
Orientations de politique monétaire
Le chemin vers une solution dans le Golfe s’annonce long et semé d’embûches. Le principal risque pour l’Asie réside dans une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, qui alimenterait une inflation généralisée en Asie et mettrait les économies à rude épreuve.
Une incertitude plane également sur la politique monétaire de la Fed. Si celle-ci relève ses taux, cela pourrait compliquer la situation pour les banques centrales asiatiques, déjà confrontées à un dilemme : baisser les taux d’intérêt pour soutenir la croissance ou les maintenir à un niveau élevé pour se prémunir contre la dépréciation de leur monnaie et lutter contre l’inflation importée.
En résumé, la divergence des contextes macroéconomiques se poursuivra en 2026, ce qui engendre des risques particuliers, mais offre également des occasions intéressantes aux investisseurs de la région et d’ailleurs.
[1] Données Bloomberg, au 27 mai 2026.