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Composer avec une période difficile pour les marchés émergents

Les marchés émergents mondiaux sont actuellement confrontés à de multiples défis : le conflit entre la Russie et l’Ukraine, et la flambée des prix des matières premières qui en résulte, ajoutant aux pressions inflationnistes déjà présentes; le ralentissement de l’économie chinoise en raison de la hausse des cas de COVID-19 et des réglementations mises en place avec de bonnes intentions, mais qui s’avèrent perturbatrices; et les risques de décote pour les CAAÉ chinois. Toutefois, Fidelity International croit que les risques atteignent des sommets et que les marchés émergents sont maintenant mieux placés en ce qui concerne la croissance économique et les rendements sur le marché à moyen et long terme.

Bien que le contexte macroéconomique soit important, il est difficile de prédire à quoi celui-ci ressemblera. Par conséquent, Fidelity International met à profit son expertise en matière d’analyse fondamentale ascendante pour construire un portefeuille de sociétés durables de grande qualité qui, selon elle, se démarqueront au cours de périodes de volatilité à court terme comme celles que nous vivons et qui produiront de l’alpha pour les clients.

 

Faits saillants

  • Étant donné que la Russie est un grand exportateur de matières premières, le conflit avec l’Ukraine a entraîné une perturbation des prix des matières premières. Sur les marchés émergents, certains sont avantagés et d’autres sont désavantagés par cette perturbation.
  • L’inflation et les conditions monétaires varient selon les marchés.
  • Les actions chinoises demeurent volatiles en raison des craintes d’un ralentissement économique et de la radiation de la cote des CAAÉ.
  • Les marchés émergents sont aujourd’hui en meilleure posture que les marchés développés, pour les 10 prochaines années, en raison d’un indice boursier plus intéressant et des valorisations moins élevées.

 

Du bureau d’Amit Goel.
Article paru initialement en mars 2022
Rédigé par Amit Goel, Punam Sharma, Sherry Qin, Nitin Mathur

 

 

Le conflit entre la Russie et l’Ukraine a entraîné une grande volatilité des actions des marchés émergents mondiaux. Quel est votre point de vue sur la Russie et quelle est la position du portefeuille à son égard?

Dans l’ensemble, nous considérons que la Russie est un pays où les risques macroéconomiques sont généralement plus élevés que ce qui est attendu par les marchés. Cependant, c’est notre sélection ascendante de titres qui détermine notre répartition sectorielle et géographique. Chaque société sélectionnée pour le portefeuille doit être solide, concurrentielle, et dotée de solides pratiques de développement durable et de gouvernance d’entreprise. Avec cette approche, nous avons toujours eu du mal à trouver des occasions de placement en Russie.

Comme nous nous concentrons sur les sociétés avec une excellente gouvernance d’entreprise, de nombreuses sociétés russes ne remplissent pas nos critères de placement depuis un certain temps.  Au début de cette crise, notre position à l’égard de cette région était très prudente, et nous avons pu vendre la plupart de nos titres avant la fermeture des marchés, conservant ainsi une exposition de 1 % qui a depuis été évaluée à zéro. L’indice a également été déprécié à zéro, mais dans l’ensemble, la Russie a été un contributeur net à nos rendements pour cette année.

Comment envisagez-vous la flambée des prix des matières premières et son incidence sur le portefeuille?

Étant donné que la Russie est un grand exportateur de matières premières, le conflit avec l’Ukraine a entraîné une perturbation des prix des matières premières. Sur les marchés émergents, certains sont avantagés et d’autres sont désavantagés par cette perturbation. Le Brésil et l’Afrique du Sud sont des exportateurs nets de matières premières, et nous voyons déjà la valeur des titres de ces marchés monter. Nous possédons une exposition à ces exportateurs, ce qui a été avantageux par le passé.

Cela dit, nous restons prudents en regard des matières premières parce que les consommateurs sont à un point décisif en ce qui concerne les prix. Ils s’attendent à une baisse significative de la demande si la hausse des prix des matières premières se répercute sur les acheteurs finaux. Par conséquent, malgré la hausse des prix, il n’y aura pas d’offre additionnelle, mais plutôt une baisse de la demande si les prix restent élevés.

Le cuivre est une exception, car la demande reste forte en raison des véhicules électriques et des énergies de remplacement. Le fonds détient des placements dans deux des meilleurs producteurs de cuivre au monde, First Quantum Minerals et Southern Copper Corporation.

En ce qui concerne le pétrole, alors que les gouvernements du monde entier cherchent à subventionner les consommateurs finaux, nous ne détenons pas de titres de sociétés pétrolières. Les grandes sociétés pétrolières sont basées en Russie, qui est maintenant fermée et ne fait plus partie de l’indice. Ailleurs dans les marchés émergents, les sociétés pétrolières appartiennent la plupart du temps aux gouvernements, leur gouvernance d’entreprise est inférieure aux normes et leurs politiques de répartition du capital sont défavorables. En tant qu’investisseurs ascendants axés sur la qualité, nous ne voulons absolument pas de leurs titres.

La montée en flèche des matières premières et de l’inflation ainsi que le resserrement monétaire qui en résulte aux États-Unis rappellent les crises qui avaient suivi l’annonce de la réduction des mesures de relance. Dans quelle posture se trouvent les marchés émergents dans ce scénario?

La Russie est un grand exportateur de matières premières et le conflit avec l’Ukraine a entraîné une perturbation des prix des matières premières. Au même moment, l’inflation américaine et les prévisions des taux d’intérêt ont augmenté, et la flambée des prix du pétrole, du cuivre, de l’aluminium, du charbon et du minerai de fer signifie que l’inflation sera plus persistante dans les six à neuf prochains mois que ce qui était prévu.

L’inflation et les conditions monétaires varient selon les marchés :

En Asie du Nord (Chine, Corée du Sud, Taïwan), l’inflation est bien en deçà de 10 % et les conditions monétaires sont plus conciliantes. La Chine a même récemment réduit ses taux d’intérêt à deux reprises. Même si l’on s’attend à ce que l’inflation augmente dans ces économies, elle devrait demeurer plus faible que dans d’autres régions du monde.

En Amérique latine, l’inflation est plus élevée, mais les marchés de cette région ont aussi été proactifs en resserrement les politiques monétaires. Par exemple, le Brésil a déjà augmenté les taux d’intérêt à environ 10 %. C’est un bon signe, car les taux réels ne sont pas aussi négatifs que dans d’autres régions du monde. En tant qu’exportateurs, ils profitent également de la hausse des prix des matières premières.

En Inde, l’inflation se situe quelque part au milieu, autour de la fourchette cible de la banque centrale. Celle-ci n’a pas encore relevé les taux d’intérêt, même si les taux à long terme ont déjà augmenté. Fait important, l’inflation des prix des aliments, qui représente une part importante de l’IPC, est dictée par le marché intérieur et demeure bien maîtrisée et inférieure aux prix à l’échelle mondiale.

En résumé, les marchés émergents sont soumis à des pressions inflationnistes qui feront grimper les taux d’intérêt, mais nous croyons qu’une situation comme une crise liée à la réduction des mesures de relance est maintenant moins probable, car certaines régions des marchés émergents où l’inflation est à la hausse ont déjà augmenté les taux d’intérêt, tandis que nous avons tendance à croire que dans d’autres régions de ces marchés, comme la Chine, l’Asie du Nord et l’Inde, l’inflation globale sera inférieure à celle des cycles précédents.

La Chine connaît un ralentissement soutenu en raison de difficultés réglementaires et de confinements liés à la COVID-19. Plus récemment, les CAAÉ chinois ont été touchés par des craintes de radiation aux États-Unis. Quelles sont vos perspectives à l’égard du plus grand marché émergent au monde?

Il est vrai que les actions chinoises demeurent volatiles en raison des craintes d’un ralentissement économique et de la radiation de la cote des CAAÉ. Examinons ces facteurs un par un.

Radiation des CAAÉ : Cette situation est de toute évidence attribuable aux tensions entre la Chine et les États-Unis. La Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis demande plus de données aux sociétés chinoises cotées aux États-Unis, ce qui pourrait ne pas être compatible avec les politiques du gouvernement chinois. Cela pourrait entraîner une vague de radiations au cours des deux ou trois prochaines années. Le processus est complexe, car même si la plupart des sociétés sont cotées sur deux marchés, l’autre étant Hong Kong, elles doivent s’occuper d’une grande majorité de leurs actionnaires présents à la bourse américaine. Nous continuons de sous-pondérer ces sociétés, car la répartition du capital est un important facteur à long terme pour tout ce que nous détenons dans le portefeuille.

Confinements liés à la COVID-19 : La Chine poursuit ses politiques dynamiques de tolérance zéro à l’égard de la COVID-19 dans la foulée de la hausse des cas du variant Omicron. Récemment, nous avons été témoins de confinements sévères à Shenzhen et à Shanghai, deux centres économiques très importants. Toutefois, le pays reconnaît qu’il devra graduellement assouplir certaines restrictions. Par exemple, les tests à domicile pour les résidents ont déjà été autorisés. Nous croyons que le processus d’assouplissement des restrictions liées à la COVID-19 en Chine s’éclaircira au cours des six à neuf prochains mois.

Surveillance réglementaire : Nous croyons que le resserrement de la réglementation fait partie intégrante de toutes les entreprises chinoises et que les investisseurs ont sous-estimé ce fait. Dans le passé, la réglementation était axée sur des secteurs comme les télécommunications, les services financiers et l’immobilier, et cette surveillance réglementaire s’étend maintenant à des secteurs comme le commerce numérique et électronique, l’éducation privée et les soins de santé. Nous demeurons prudents à l’égard des sociétés dans ces secteurs. Il est désormais souvent question de réinvestir dans la société et de la prospérité commune, ce qui fait en sorte que les actionnaires minoritaires comme nous sont relégués au second plan.

Ralentissement du secteur de l’immobilier : Ce secteur a déjà enregistré une baisse de 20 % des mises en chantier et des ventes. Malgré les mesures de relance des derniers mois, le secteur immobilier ne profite pas des avantages monétaires. Nous nous attendons à ce que la faiblesse persiste au cours des six à douze prochains mois. Ces mesures pourraient causer des problèmes à court terme, mais nous pensons qu’elles seront bonnes pour la santé à long terme du secteur, car elles élimineront les excès accumulés au cours des cinq à sept dernières années. Il y aura une consolidation dans le secteur, car les promoteurs immobiliers de qualité médiocre, en particulier ceux du secteur privé, feront faillite.

Je dirais que la Chine offre encore de nombreuses occasions selon une méthode ascendante. Par exemple, il existe des occasions liées à l’innovation environnementale, comme dans la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques et l’énergie renouvelable, qui se sont aussi redressées à des niveaux attrayants.

Nous découvrons également d’autres occasions dans des secteurs qui profiteront des mesures de relance du gouvernement ainsi que dans des sociétés technologiques de grande qualité qui ont chuté lors de la correction.

Vous avez mentionné que les marchés émergents sont actuellement mieux placés que les marchés développés pour les dix prochaines années. Pourquoi croyez-vous cela?

Nous le pensons principalement pour deux raisons.

Un meilleur indice : L’indice des marchés développés s’est mieux comporté que l’indice des marchés émergents au cours des dix dernières années, en raison de la présence de nouvelles économies à forte croissance et de sociétés axées sur la technologie, tandis que l’indice des marchés émergents était davantage axé sur les matières premières, l’énergie, ainsi que les grandes sociétés financières d’État. Toutefois, nous croyons que l’indice des marchés émergents est maintenant plus concurrentiel et mieux placé pour les dix prochaines années, car

  • nous avons commencé à observer l’émergence d’excellentes sociétés nationales des marchés émergents dans les secteurs de la consommation qui font l’acquisition de parts de marché venant de sociétés mondiales sur leurs marchés locaux.
  • Les sociétés technologiques solides dans ces marchés font leur marque à l’échelle mondiale dans des domaines comme les fonderies de semi-conducteurs, les composantes technologiques et les services informatiques. Ces sociétés font partie intégrante des chaînes d’approvisionnement mondiales pour les chefs de file de leurs segments.

Des évaluations moins élevées : L’indice mondial des marchés émergents se négocie actuellement à son plus bas niveau par rapport à l’indice des marchés développés, soit à un escompte de 40 % à 50 %.

Dans un contexte d’aversion pour le risque, les marchés émergents ont tendance à afficher un rendement inférieur à celui des marchés développés, mais à moyen et à long terme, nous croyons que l’indice mondial des marchés émergents est mieux placé et plus concurrentiel que par le passé et qu’il se situe à un meilleur point de départ en ce qui a trait aux évaluations.

Que pensez-vous de la structure du portefeuille? Y avez-vous apporté des changements récemment? Y a-t-il des secteurs qui contribuent à protéger le portefeuille contre les risques?

Comme nous l’avons mentionné plus tôt, notre répartition géographique et sectorielle reflète notre sélection de titres ascendante et notre capacité à trouver des sociétés qui correspondent à notre cadre de grande qualité et de durabilité. En utilisant cette approche, les technologies, les services financiers et la consommation sont les secteurs où nous trouvons le plus d’occasions de placement. Toutefois, nos positions sont très différentes de celles de l’indice dans tous ces domaines.

Dans le secteur des technologies, nous demeurons prudents à l’égard des grandes entreprises numériques chinoises touchées par les nouvelles règles. Nous investissons dans des sociétés comme TSMC, la fonderie la plus importante et la plus concurrentielle au monde, MediaTek, le deuxième plus important fabricant mondial de puces mobiles, et SK Hynix, le deuxième plus important fabricant mondial de puces de mémoire. À l’autre extrémité du spectre, nous détenons les deux plus grandes sociétés de services informatiques en Inde, Infosys et TCS. Ces sociétés affichent les rendements les plus élevés de leur secteur respectif et un potentiel de croissance de 10 % à 15 % au cours des cinq à sept prochaines années.

Dans le secteur des services financiers, nous détenons certains des titres générant les rendements les plus élevés sur les marchés émergents. Certains ont vu leurs évaluations diminuer récemment en raison d’une remontée de la valeur qui a favorisé un regain des titres d’État à faible croissance du secteur des services financiers qui versent un dividende. Nous sommes prêts à accepter les difficultés à court terme et à attendre que nos placements retrouvent une évaluation plus élevée, en raison de leur potentiel de capitalisation à moyen et à long terme de plus de 10 %.

Pour ce qui est de la consommation, nous surpondérons les secteurs des biens de consommation de base et de la consommation discrétionnaire. Les entreprises locales que nous détenons sont des sociétés nationales dans des domaines comme les vêtements de sport, les produits électroniques grand public, les produits laitiers et les services alimentaires, qui sont des chefs de file dans leurs catégories respectives et qui prennent de l’expansion sur le marché, même au détriment d’acteurs mondiaux. À court terme, certains placements subissent les contrecoups du ralentissement en Chine ou de la rotation vers la valeur, mais nous continuons de nous concentrer sur eux en raison de leurs capacités de production d’alpha à moyen et long terme.

En ce qui concerne les récents changements de positionnement, nous les avons mis en œuvre de manière à ce qu’ils n’aient aucune incidence sur la base du portefeuille. Nous visons à atténuer les risques liés à la hausse des prix des marchandises en veillant à ce que les sociétés que nous détenons disposent d’un solide pouvoir d’établissement des prix et puissent transmettre les hausses des coûts des intrants à leurs consommateurs. À cette fin, nous avons réduit nos placements dans les entreprises d’électronique grand public en Chine et en Inde qui ne sont pas en mesure de transmettre les hausses des coûts aux consommateurs, selon nous. Dans le secteur des services financiers, nous détenons des titres de sociétés de grande qualité, mais nous faisons encore plus attention aux évaluations en utilisant un cadre d’évaluation très rigoureux pour décider de la répartition.

Pour ce qui est des nouvelles occasions, nous avons récemment investi dans le plus important fabricant de modules solaires au monde, situé en Chine. Nous nous attendons à ce qu’il profite d’une accélération du déploiement de panneaux solaires en raison de la hausse des prix de l’énergie. Nous croyons également que les modules sont l’élément le plus concurrentiel de la chaîne de valeur de l’énergie solaire.

Compte tenu de la volatilité accrue des marchés et des attentes d’inflation plus élevées, nous avons également investi dans un producteur aurifère sud-africain.

Fondamentalement, la base du portefeuille ne change pas. Nous continuons de détenir des titres de sociétés de grande qualité, en raison de leur compétitivité et de la croissance de leurs bénéfices, tout en tenant compte des évaluations. Pour ce qui est des titres plus en marge du portefeuille, nous réduisons la pondération des sociétés avec un faible pouvoir d’établissement des prix et en ajoutons progressivement des positions plus défensives.

Les marchés émergents font face à de nombreux défis, mais les risques ont atteint un sommet. La région est en meilleure posture que par le passé pour résister aux difficultés inflationnistes. Même si la Chine ralentit, ses politiques favorisent une croissance plus durable de la deuxième économie mondiale. Nous sommes convaincus que le moment est bien choisi pour investir dans les marchés émergents, car l’indice boursier est maintenant plus intéressant et plus concurrentiel, et il se situe à un meilleur point de départ que les marchés développés en ce qui a trait aux évaluations. Cela dit, nous devons séparer le bon grain de l’ivraie et recourir à une sélection des titres active et fondée sur l’analyse fondamentale pour construire un portefeuille de sociétés de grande qualité qui peuvent générer des rendements durables à moyen et à long terme.

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