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Obligations d’État vertes : la promesse et les écueils

Les émissions d’obligations souveraines vertes sont en hausse, ce qui pourrait grandement améliorer la liquidité et les normes dans l’ensemble du marché des obligations vertes. La demande des investisseurs est forte, mais il est important de ne pas payer trop cher pour les obligations souveraines et de surveiller ce que les émetteurs font avec leurs capitaux « verts ».

Par Kris Atkinson, gestionnaire de portefeuille, Fidelity International; Ana Victoria Quaas, directrice principale des placements, Fidelity International et Ben Traynor, rédacteur financier, Fidelity International

 

Les émissions d’obligations souveraines vertes sont en hausse, ce qui pourrait grandement améliorer la liquidité et les normes dans l’ensemble du marché des obligations vertes. La demande des investisseurs est forte, mais il est important de ne pas payer trop cher pour les obligations souveraines vertes et de surveiller ce que les émetteurs font avec leurs capitaux « verts ».

Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les obligations d’État vertes ont été le segment des obligations durables ayant enregistré la croissance la plus rapide en 20211. Quarante pour cent des obligations souveraines vertes en circulation ont été émises par des États qui s’aventuraient pour la première fois sur le marché des obligations vertes, dont l’Allemagne, la Hongrie et la Thaïlande. D’autres émissions de dette publique visant à financer des initiatives vertes proviennent de pays comme le Royaume-Uni, et d’autres innovations ont été observées dans les structures d’obligations vertes.

Les gouvernements optent de plus en plus souvent pour les obligations vertes

Source : Climate Bonds Initiative, octobre 2021.

Cet essor rapide reflète en partie le stade précoce du marché des obligations vertes en général et des obligations souveraines vertes en particulier, ces dernières comptant pour seulement 0,2 % de l’ensemble des titres de dette publique de l’OCDE1. Nous nous attendons cependant à ce que de plus en plus de gouvernements émettent des obligations vertes afin de financer des projets d’infrastructures verts à large échelle et leurs besoins en recherche et développement pour les technologies de prochaine génération dont dépendra la transition vers un monde carboneutre. Un « verdissement » des obligations gouvernementales – qui constituent l’épine dorsale des marchés des titres à revenu fixe mondiaux – pourrait contribuer à résoudre certains des problèmes liés à la tarification, à la liquidité et à la communication de l’information avec lesquels doivent composer les investisseurs.

Prenez garde aux primes vertes et à l’illiquidité

La demande robuste des investisseurs pour les obligations vertes a eu pour effet de générer une prime verte (aussi appelée « greenium »); par ailleurs, ces titres rapportent fréquemment des taux de rendement plus modestes  que les obligations comparables non vertes. La Chine, où les primes vertes ont été essentiellement inexistantes jusqu’ici, fait exception à cet égard.

L’Allemagne offre l’exemple le plus clair d’une prime verte souveraine. Le 2 septembre 2020, l’Agence financière allemande a annoncé qu’elle avait vendu pour 6,5 milliards d’euros d’obligations d’État allemandes vertes assorties du même coupon et de la même date d’échéance que les obligations non vertes qu’elle avait émises quelques semaines plus tôt. L’obligation verte est évaluée à un prix établi en fonction d’un taux de rendement inférieur d’un point de base à celui de sa contrepartie ordinaire, et son taux de rendement se maintient depuis à un niveau moins élevé sur le marché secondaire, où elle se négocie jusqu’à sept points de base plus bas. Deux mois plus tard, l’Allemagne est allée un peu plus loin en émettant le même jour des obligations vertes et des obligations ordinaires assorties de coupons et d’échéances identiques. Cette émission d’obligations vertes de novembre s’est également négociée avec une prime verte.

La popularité des obligations vertes s’est traduite par une tendance à en faire réserve, ce qui a eu pour effet de réduire leur liquidité et d’élargir les écarts de prix. Quiconque tente de justifier la prime verte pourrait affirmer que la rareté relative des obligations vertes devrait en faciliter la vente. Mais cela est une maigre consolation pour les investisseurs qui souhaitent rééquilibrer leur portefeuille et doivent aussi acheter des obligations vertes. Par ailleurs, un manque de liquidité peut parfois avoir pour effet d’accroître les frais d’opération.

Amélioration requise des normes relatives à la communication de l’information

L’émission d’un plus grand nombre d’obligations vertes devrait atténuer ces problèmes. La prime verte a diminué dans certains secteurs des obligations de sociétés, comme les services publics, qui émettent beaucoup d’obligations vertes, et la liquidité s’est améliorée. Pour que les obligations vertes s’étendent au grand public, d’autres difficultés devront toutefois être surmontées. On retrouve en haut de la liste les normes de communication de l’information, qui diffèrent d’un pays à l’autre.

À l’heure actuelle, les normes applicables aux obligations vertes sont adoptées sur une base volontaire, souvent ponctuelle. L’utilisation du produit annoncée au moment de l’émission peut diverger de celle déclarée après l’émission; il est donc possible que certains émetteurs fassent des promesses trop ambitieuses et ne parviennent pas à satisfaire aux attentes par la suite. La communication des variables et l’absence de terminologie et de mesures communes peuvent compliquer la détermination de l’impact réel et la comparaison exacte des placements entre eux.

La situation devrait s’améliorer sous peu. Des normes relatives aux investissements dans les obligations vertes, comme la norme de l’Union européenne en matière d’obligations vertes, sont en cours d’élaboration à l’échelle régionale et mondiale. À mesure que de telles normes seront adoptées, il deviendra plus facile d’investir sur le marché des obligations souveraines vertes, qui servira alors de référence pour les obligations de sociétés vertes. Les décideurs devront toutefois agir avec précaution. Faire en sorte qu’il soit trop difficile de se conformer aux définitions d’obligations « vertes » risquerait de restreindre l’offre et d’exacerber les défis liés à la tarification et à la liquidité.

Les obligations souveraines visent à éliminer les obstacles en matière de transparence

Les obligations d’État vertes sont souvent assujetties aux mêmes règles sur les dépenses que les obligations non vertes, qui interdisent l’établissement de comptes distincts pour consacrer le produit d’une émission à un objectif précis. Les représentants élus doivent également ratifier les décisions de placement. En conséquence, les gouvernements ne peuvent pas offrir aux investisseurs beaucoup de certitude quant à la façon dont seront dépensés les revenus résultant des obligations vertes.

Les gouvernements ont tenté de résoudre ce problème de diverses façons. Ainsi, la Pologne a modifié la loi de façon à établir un compte distinct pour les flux entrants dans les obligations vertes. La Belgique a apporté un léger changement à sa législation afin de pouvoir affecter les revenus des obligations vertes à certaines dépenses pour qu’elles ne puissent pas être financées de nouveau de la même façon. Les émissions d’obligations vertes allemandes sont conçues pour financer des dépenses préétablies.

Toujours un exercice de confiance

Sans une certification plus robuste, l’étiquette « verte » ne procure toujours aucune garantie quant à l’utilisation du produit de l’émission, et demeure essentiellement une question de confiance. Les investisseurs doivent déterminer eux-mêmes si un émetteur utilisera réellement les fonds pour des investissements verts et l’incidence qu’auront ces derniers. Et si on se fie aux leçons tirées des obligations de sociétés, c’est exactement ce que feront les investisseurs verts. Par exemple, plusieurs investisseurs verts importants ont refusé de participer à l’émission d’obligations vertes de 2020 de Korea Electric Power Corp. en raison des craintes entourant les investissements de la société dans les combustibles fossiles à l’étranger.

Certains investisseurs se sont tournés vers les obligations axées sur le développement durable dont les paiements des coupons sont liés à des cibles vertes explicites afin d’accroître la responsabilisation quant à la façon dont l’argent est utilisé. Il est possible que les gouvernements aient du mal à reproduire ce modèle, mais nous prévoyons qu’au fil du temps, un nombre accru d’obligations souveraines vertes sera émis pour des projets et des cibles de développement spécifiques.

Prenons par exemple l’obligation d’État britannique verte, dont la première tranche de 10 milliards de livres a été sursouscrite dix fois lors de son lancement en septembre2. Bien qu’il n’existe pas de contrainte ayant force de loi quant à l’utilisation du produit de l’émission, le gouvernement britannique a clairement défini les secteurs qu’il entend financer, à commencer par l’énergie renouvelable, le transport écologique et l’adaptation aux changements climatiques. Pas plus de la moitié du produit ne peut être consacré aux projets existants, et même alors, les projets admissibles doivent avoir été entrepris l’année précédente. Les modalités de l’émission exigent également une communication explicite des retombées sociales des projets verts, comme le nombre de travailleurs qui participent à la transition vers des emplois à faibles émissions de carbone et les maisons protégées contre les changements climatiques. On a également assisté à la première émission mondiale d’obligations d’épargne vertes à l’intention des particuliers.

Ces nouveaux types d’instruments pourraient contribuer à financer la transition énergétique à grande échelle, compte tenu de la taille des marchés obligataires mondiaux. Il faudra toutefois peut-être un certain temps avant que le marché des obligations vertes parvienne à maturité, que les normes s’améliorent et que la prime verte disparaisse. Dans ce contexte, le dicton « un acheteur averti en vaut deux » est plus vrai que jamais.

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