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La progression vers l’indépendance énergétique pourrait avoir une incidence sur l’adoption des énergies renouvelables


La guerre dévastatrice en Ukraine a radicalement accru la nécessité pour l’Union européenne d’atteindre l’indépendance énergétique. Elle a annoncé un plan pour réduire sa dépendance au gaz russe, ce qui nécessitera l’utilisation accrue de combustibles fossiles à court terme, mais aussi l’accélération de la transition vers des énergies renouvelables à long terme.

Faits sallaints

  • Hausse probable des émissions à court terme
  • Accélération à long terme des plans en vue d’atteindre l’indépendance et la carboneutralité
  • Persistance des obstacles visant à réaliser l’indépendance énergétiqu

Rédigé par Jenn-Hui Tan, chef mondial de la gérance et de l’investissement durable; Matthew Jennings, directeur en chef des placements; et Alexander Laing, analyste et gestionnaire de portefeuille

Publié initialement en mars 2022

Dans le contexte de l’effroyable guerre en Ukraine et de l’escalade probable des sanctions, les gouvernements européens s’empressent de trouver des moyens de réduire leur dépendance au gaz russe en rouvrant ou en retardant la fermeture des centrales au charbon en Europe, et en trouvant d’autres sources de gaz. À court terme, les émissions et les coûts augmenteront en conséquence.

Parallèlement, les pays et les sociétés cherchent des moyens de réduire leur exposition à la hausse des prix du pétrole et du gaz naturel grâce à une plus grande efficacité, à une utilisation accrue de solutions de remplacement à faibles coûts, comme les énergies renouvelables, et à des investissements dans l’énergie nucléaire. 

« Le vent et le soleil n’appartiennent à personne », a récemment souligné Robert Habeck, ministre allemand de l’Économie et membre du Parti vert.

La semaine dernière, l’Agence internationale de l’énergie a lancé un plan en dix points sur la façon de réduire la dépendance au gaz russe, préconisant des mesures comme se tourner vers d’autres fournisseurs de gaz, augmenter le stockage de gaz, accélérer le développement de la production d’énergies éolienne et solaire, maximiser la production existante à partir de la bioénergie et de l’énergie nucléaire, et accélérer le déploiement des pompes à chaleur pour remplacer les chaudières à gaz. Aujourd’hui, l’Union européenne a annoncé un plan visant à atteindre l’indépendance énergétique « bien avant 2030 » grâce à une utilisation accrue du gaz naturel liquéfié (GNL) et du stockage d’énergie, ainsi qu’à l’adoption plus rapide des énergies renouvelables.

À long terme, Fidelity International prévoit que l’importance accrue accordée à l’indépendance énergétique, en plus de la transition structurelle vers la carboneutralité, accélèrera la transition énergétique.

Les émissions risquent d’augmenter à court terme

À court terme, la quête d’indépendance entraînera une hausse des émissions, compte tenu de la répartition énergétique actuelle de l’UE (graphique 1). L’UE importe 90 % de son gaz et dépend de la Russie pour 40 % de son approvisionnement en gaz. L’écart d’approvisionnement ne peut être entièrement comblé en utilisant d’autres fournisseurs de gaz, et il faut du temps pour construire des centrales éoliennes et solaires. L’UE devra donc envisager d’autres combustibles fossiles.

L’Allemagne, par exemple, a annoncé qu’elle pourrait retarder la fermeture prévue de certaines centrales au charbon et même envisager de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires, bien que des obstacles juridiques et techniques soient susceptibles de rendre cela impossible. En 2011, à la suite de la catastrophe de Fukushima, l’Allemagne a décidé d’éliminer progressivement sa capacité nucléaire, une décision qui a rendu le pays plus dépendant au gaz russe.

En Italie, le premier ministre Mario Draghi a déclaré que le pays envisageait de rouvrir ses centrales au charbon et qu’il cherchait à accroître la production nationale de gaz, qui a chuté ces dernières années. Enel, la plus importante société italienne de services publics, a fermé les centrales au charbon, conformément à ses objectifs de retrait complet du charbon d’ici 2027, et n’a pas encore annoncé son intention de les rouvrir. Fidelity International a communiqué avec la société la semaine dernière, et elle reste déterminée à atteindre ses objectifs à long terme en matière de décarbonation, tout en reconnaissant l’incertitude qui plane à court terme. Elle a également annoncé qu’elle modifiera ses plans de conversion de deux centrales au charbon en centrales à gaz et qu’elle envisage plutôt de les convertir en infrastructures de stockage d’énergie renouvelable.

Accélération de la transition vers les énergies renouvelables pour atteindre l’indépendance et la carboneutralité

En plus de chercher des sources de combustibles fossiles de remplacement, les pays européens ont fait part de leur intention d’accélérer la transition vers la carboneutralité à long terme.

L’Allemagne, qui avait auparavant 2040 comme cible pour atteindre la carboneutralité, a maintenant ramené cette cible à 2035 et croit qu’elle pourra atteindre 80 % de son objectif d’ici 2030. Le ministre allemand du climat, Oliver Krischer, a publié sur Twitter que le changement était une façon de soutenir l’Ukraine. D’autres pays européens ont manifesté des intentions semblables, mais jusqu’à présent, aucun pays n’a réitéré ses objectifs en matière de carboneutralité. 

Au moment de la rédaction de cet article, on a noté peu de perturbations réelles de l’approvisionnement en pétrole et en gaz en Europe. Toutefois, les pays se préparent à cette éventualité et, par conséquent, les prix ont fortement augmenté. Cela incite davantage à opter pour une énergie à faible coût.

Au cours des dernières années, les coûts de construction et d’exploitation des technologies renouvelables ont considérablement diminué, ce qui rend financièrement viable l’accélération de la réalisation des objectifs en matière de carboneutralité. Le coût de l’énergie solaire, par exemple, a chuté d’environ 80 % au cours des dix dernières années. Une augmentation des investissements et l’application des compétences en ingénierie dans des économies hautement qualifiées comme l’Allemagne pourraient faire baisser davantage les coûts. Les processus d’approbation de la planification pourraient également être accélérés pour refléter l’urgence des besoins géopolitiques et environnementaux.

Des obstacles persistent

Cela dit, les prix des matières premières nécessaires à la transition (comme l’acier et l’aluminium) étaient déjà en hausse avant l’invasion de l’Ukraine, en raison de la forte demande après la COVID, et ont encore augmenté au cours des dernières semaines. 

Les métaux rares nécessaires à la fabrication des moteurs électriques, des cellules photovoltaïques et des batteries pourraient être particulièrement sensibles aux compressions des prix, car la production est concentrée dans deux pays : la Russie et la Chine. Maintenir l’accès à ces chaînes d’approvisionnement clé sera essentiel à la réussite d’une transition vers les énergies renouvelables. 

Entretemps, les problèmes liés à l’intermittence demeurent. La production irrégulière des actifs éoliens et solaires signifie que des progrès importants dans les technologies de stockage seront nécessaires pour arriver à l’adoption universelle.

À la suite de l’invasion de l’Ukraine, les marchés commencent à refléter ce besoin accru. Par exemple, les récentes fluctuations du cours des actions liées à la production d’hydrogène par électrolyse donnent à penser que certains investisseurs croient maintenant que cette technologie, qui n’a pas encore fait ses preuves à grande échelle, fournira un jour une partie de la réponse.

Alors que la guerre se poursuit en Ukraine, les avantages de délaisser un système énergétique dépendant des combustibles fossiles importés sont devenus encore plus évidents. Bien qu’il reste encore des défis à relever pour la transition, nous pouvons espérer que dans un avenir pas si lointain, le réseau énergétique européen sera à la fois plus propre et plus autonome.

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